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Magazine dans les Inrocks

vendredi 7 mai 2010 ,par Didier Lestrade

Par Patrick Thévenin

MAGAZINE : FROM HERE TO ETERNITY

« C’était une revue très marginale, mais j’ai été étonné de réaliser, avec le temps que beaucoup d’artistes la connaissaient. Je crois que Magazine fut un tremplin pour de jeunes photographes et pour beaucoup d’illustrateurs gays qui étaient très peu connus. Les derniers numéros étaient bilingues, avec les interviews traduites en anglais. Mais tout ça reste très humble, très proportionnel au tirage : on ne publiait que 5000 exemplaires après tout, dont 2500 partaient tout de suite à l’étranger. »

Ainsi parle Didier Lestrade, journaliste, activiste, grand défenseur de la house music, fondateur d’Act Up et du mensuel gay et lesbien Têtu, personnage de roman chez Tristan Garcia, et accessoirement tête de mule de l’intelligentsia gay. Et, ce que beaucoup ne savent pas encore, à l’origine, dans les années 80, avec une bande de copains fidèles, du désormais mythique Magazine. Un fanzine gay, plus proche de la revue que du zine proprement dit, qui n’aura duré qu’une poignée d’années, mais dont, aujourd’hui les rares exemplaires se dealent à prix d’or sur ebay. Magazine, né en plein dans les années 80, fric & frime, alors que l’hebdo Gai Pied monopolisait l’attention des homos, ne fut pas un magazine comme les autres, mais une zone de confluence où artistes émergents, journalistes nouvelle école et jeunes photographes étaient pressés d’en découdre avec l’homosexualité et ses représentations. Fortement inspiré par le mensuel Interview de Warhol, ou des revues plus anonymes et gay, comme Folsom ou Straight To Hell, Magazine fut ainsi tout au long de ses sept années d’existence le point de collusion et le rendez-vous d’une intelligentsia gay qui aujourd’hui revendique ses lettres de noblesse. Pierre & Gilles débutants, Yves Mourousi avouant à demi-mots ses frasques nocturnes, le dessinateur Tom Of Finland à une époque où ses cakes n’étaient pas encore entrés au musée, Brion Gysin chopé dans la rue… Chaque collaboration, qui aujourd’hui ressemble à un who’s who à filer des tournis à n’importe quel directeur artistique, semble résumer la ligne éditoriale telle qu’édictée par Lestrade : une esthétique frontale, dure, sans concessions, des interviews fleuve du même acabit, une place de choix laissée aux illustrations et la police Typewritter élevée au rang d’héroïne des années 80 !

Aujourd’hui que le mouvement gay après des années d’immobilisme créatif s’est réapproprié l’héritage du fanzine gay, esthétique porno 70’s dans la poche et Butt, le fanzine amsterdamois so chic en tête, il ne reste qu’à résumer ce que Magazine a apporté à la presse moderne, mais surtout à l’homosexualité. Une décomplexion certaine face à « la problématique homosexuelle » et l’idée obsessionnelle du solarisme qui anime le parcours de Lestrade.

« C’est le seul truc qui me gêne avec certains fagzines aujourd’hui qui s’inspirent de Magazine, le côté « garçons à problèmes. Il y a une raison sociale pour ça. Ils parlent de problèmes et de trucs compliqués parce que ce sont des folles bourges, à la base. Je crois qu’ils pensent encore que le drama est en soit arty et que ça met les choses en valeur, un peu comme dans les années 70, où tous les films gays de Pasolini ou Fassbinder devaient finir par la mort. À l’époque, s’il n’y avait pas de déchéance, on criait au scandale. Magazine était contre ça. Notre vie était difficile, mais nous avons toujours pensé très fortement que le positivisme était une position très avant-gardiste. Ce n’était pas du déni, c’était un statement. »

MAGAZINE, Un fanzine underground (1980 - 1987) 12Mail du 29 avril au 18 juin 2010, 12 rue du Mail, 75002 Paris.

Vernissage le jeudi 29 avril de 18h à 21h suivie d’une soirée KABP le soir même au Rex Club avec Daniel Wang, Patrick Vidal et Morgan Geist.

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