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"Cheikh", chapitre 11

samedi 21 août 2010 ,par Didier Lestrade

2007

24 janvier. Je me réveille tôt, excité à l’idée de passer une journée entière dans le jardin. Les jours précédents j’ai écrit mes articles, fini mon travail, détestant ne pas respecter les deadlines, retard qui dénaturerait le plaisir que j’éprouve à passer la journée dehors. J’ai noté en vitesse que les crocus tomassianus et la première jonquille ont fleuri les 20 et 21 janvier. Dès le matin, malgré le froid et le givre, le soleil est éblouissant. Dans ces moments, quand la terre est gelée, il n’y a pas grand-chose à faire et il ne faut surtout pas déranger les plantes et les arbres. Je choisis donc de me concentrer sur le compost prêt à être ajouté aux massifs. Pendant des heures, je remplis les brouettes et déverse ce riche mélange au pied des arbustes, dans le potager, sous les rosiers et les fruits rouges. J’aime faire ça en plein hiver, déposer cette matière qui protège les racines et dont le gel va désintégrer les mottes les plus épaisses. C’est le moment où le froid fragmente la terre comme si un processus chimique était en cours. Tout brûle sous l’effet du froid. Jusqu’à 15 heures, je multiplie les aller et retour vers le compost. Les oiseaux viennent y chercher les larves de hannetons, tous gras et bien en forme ; larves que je laisse parfois en évidence pour qu’elles soient prises.

J’entame alors la préparation du prochain compost. Deux mois de Libération dépliés pour en faire des boules de papier, voilà un bon support. Le papier revient à la terre. Le soleil est alors doux sur ma nuque, je passe une demi-heure à chiffonner ces pages où apparaissent en un clin d’œil les titres des articles. Tiens, j’ai oublié de demander le dernier album de Stevie Wonder. Pas trop grave. Ah, ce crétin de Bret Easton Ellis est flippé parce qu’il a trop de succès. Quel con ce Raffarin. Et cet imbécile de Michel Blanc, toujours incapable de dire qui il est. Les banlieues qui brûlent. Pour ce compost-là, le papier du Monde serait de meilleure qualité car plus fin. Le chiffonnement des pages traverse l’air pur de l’après-midi, je recouvre ensuite cette base d’une couche de feuilles mortes, les plus coriaces, celles de chêne et de hêtre. Il y en a tellement que, tout à coup, on dirait une scène d’un film chinois comme « Le secret des poignards volants ». Sur ce matelas sec, je dispose à la fourche en tapis épais le restant de compost pas complètement décomposé. Sous le poids, le papier et les feuilles s’affaissent. L’odeur est forte, presque écoeurante, mais réjouissante. Je retrouve aussi des déchets ou des objets que je reconnais, comme ce sécateur perdu, sauvé in extremis. Une souris bien belle, grise et trop rapide, s’échappe. Je n’ai pas le temps de la transpercer avec la fourche. J’ajoute encore une autre couche épaisse de feuilles mortes, plus humides, et de brindilles tombées sur le sol. J’y dispose tous les morceaux de bois mis de côté quand j’ai vidé la base du compost, moitié intacts, gorgés de bactéries. Le millefeuille est presque fini. Bientôt, il sera 16h30, le crépuscule va arriver. Je joins une dernière couche de feuilles mortes, les plus humides, celles qui ont déjà commencé à se décomposer. Voilà, c’est fini. Pas besoin d’arroser, la première pluie va tout tasser. Pas besoin d’activateur de compost non plus, j’ajouterai juste du purin d’orties quand ces dernières pousseront dans les fossés. L’autre partie du compost, vide, me servira à basculer tout ce que je viens de faire, dans trois mois, quand je commencerai à tondre la pelouse et que j’y jetterai l’herbe coupée. Depuis trois ans, je n’ai pas eu les moyens d’acquérir un broyeur à végétaux, aussi je suis impatient d’en avoir un, c’est vraiment le seul élément qui me manque pour élaborer un compost de roi.

Il est 18 heures. Les journées rallongent. Pas un coup de fil n’est venu me déranger dans cette activité simple, exigeant de la concentration. Je continue à travailler en regardant l’humus sombre dans les massifs, les merles qui remuent ce que je viens de mettre, les troglodytes qui restent près du compost pour attraper les moucherons, le rouge-gorge qui fait un caprice, une poire que je ne voulais pas manger et qui est restée intacte, deux mois entiers, dans ce bouillon de culture. Alors je rentre chez moi, content, affamé. J’ai travaillé sans me reposer, avec une simple assiette de soupe et un yaourt à midi. La maison est chaude, j’avale des flocons d’avoine avec du miel, je relève mes mails, je fais un nouveau feu dans la cheminée, je prends une douche. Toujours pas de téléphone. C’était une journée parfaite. Et il n’est que 19 heures.

Je ne sais pas pourquoi je me suis laissé emporter ainsi. Un de mes meilleurs amis est allé à Londres et, le lendemain de son arrivée, s’est retrouvé dans le coma aux urgences de l’hôpital St Mary’s. Je connais Hervé depuis vingt-trois ans. C’est mon premier vrai boyfriend, il vient régulièrement chez moi pour changer d’air ou se remettre de problèmes divers liés à sa séropositivité. Il fait partie du cercle restreint de séropositifs avec qui l’on peut parler de tout, surtout des sujets intimes. Il a subi toutes les infections opportunistes que j’ai jamais eues et c’est à travers ses douleurs que je me suis habitué, dans un sens, à l’expérience extrême de la maladie. À plusieurs reprises, la mort s’est approchée de lui et, à chaque fois, elle est repartie, comme si ça l’amusait. Le premier jour, quand Hervé est arrivé au centre de réanimation, il a fallu mettre en contact l’équipe qui le suit à Paris et les médecins qui tentaient de le sauver. Au début, je me suis concentré sur cet aspect technique, devant m’assurer que les faxes étaient envoyés et reçus, que la famille d’Hervé comprenait bien ce que les médecins anglais disaient, relayer l’info. Et quelques jours plus tard, j’ai fini par craquer, sans voir venir. Ce n’était pas la mort que je redoutais, cette éventualité ayant été discutée plusieurs fois entre nous, même si je sais qu’on ne s’y prépare jamais. Non, ce qui m’écrasait, c’était la violence de ce qui lui arrivait. L’hémorragie importante, l’intoxication, l’asphyxie, le coma, une pneumonie et une pleurésie qui se déchaînaient, tout ça durant le sommeil. Je sais pertinemment que la mort ne ressemble en rien à l’apaisement souvent décrit au cinéma. Le dernier souffle, c’est plutôt la peur à l’état brut. Mais la violence de ce qui arrivait à Hervé, c’était de se battre dans la ville qu’il aime le plus. Londres, c’est le décor de sa plus belle histoire d’amour avec Woody. Ma peur s’alimentait en somme de l’idée de le voir disparaître là-bas parce que cette mort aurait eu un sens symbolique trop puissant, surtout quand on connaît la solitude des malades. La première infection opportuniste majeure d’Hervé avait provoqué le divorce. Pour lui, la maladie a vraiment ébranlé l’amour. Alors, soudain, cette histoire de coma prenait une dimension si forte que je me suis mis à pleurer, ce soir-là, au moment de m’endormir, parce que je n’y pouvais rien.

Voir « Brokeback Mountain », le lendemain, n’était sans doute pas une bonne idée. Mais je voulais voir le film avant qu’il disparaisse de la salle parisienne que j’aime bien. Dès les premières images, je me suis mis à pleurer tout en sachant que, deux heures plus tard, ces larmes seraient forcément incontrôlables. J’ai la prétention de penser que personne ne peut comprendre ce film mieux que moi. Quand je suis sorti, n’arrêtant pas de penser à Hervé, je pleurais et me foutais complètement du regard des autres. Dans le quartier de l’Opéra, j’ai choisi d’emprunter les rues vides qui me permettraient de marcher sans réfléchir. Je réalisais qu’il fallait accompagner la sœur d’Hervé à Londres, que je devais mettre de côté ma peur, que l’important c’était d’aider Isabelle dans ce voyage trop traumatisant à entreprendre seule. Quand je suis arrivé chez ma dentiste pour un banal détartrage, je me suis assis dans le fauteuil et me suis effondré. Mieux, je ne cessais de m’excuser, ce qui ne m’arrive jamais. Enfin, la dernière fois, c’était voilà dix ans, devant mon médecin, le lendemain de la séparation avec George. Sans doute la conviction des médecins et des dentistes, tous ces gens qui ont une autorité médicale aspire-t-elle en moi tout self contrôle.

12 février. Deux jours à Londres pour visiter Hervé qui se trouve entre la vie et la mort. Le carnet sur lequel j’écris ces lignes est rempli de numéros de téléphone, de plans, de notes le concernant. J’ai accompagné Isabelle. Les médecins du service de réanimation nous ont alertés de manière très claire : il fallait venir tout de suite, son état s’aggravait. Quand j’ai retrouvé Isabelle à la Gare du Nord, après le contrôle de l’Eurostar, elle venait de recevoir un message d’Olivier Garbay qui avait rencontré le chef du service. Hervé allait mieux, se stabilisait. En quelques minutes, la signification du voyage changea. Nous n’allions donc plus à Londres pour lui dire au revoir. Le week-end s’annonçait moins catastrophique. Nous n’aurions sans doute pas à voir des images qui nous tortureraient pendant longtemps, à remplir des formulaires définitifs.

Deux semaines plus tard, l’état d’Hervé s’est à nouveau dégradé. Si, après plus de dix jours dans le coma, il s’était réveillé, les médecins ont vite hissé le drapeau rouge : il convenait de le transférer en France le plus vite possible ou de venir lui dire au revoir sur place. Sa sœur et moi avons appelé les hôpitaux parisiens, sans dénicher de chambre de réanimation quelque part. Je me suis alors mis en colère. J’ai appelé à l’aide, envoyé un mail à des associations, aux amis, même à ceux qui je ne connais pas. Trois jours après, le transfert avait enfin lieu. Quand j’ai revu Hervé à Paris, il était conscient et comprenait ce qu’on lui disait, mais sa situation était grave. Elle l’est toujours au moment où j’écris ces lignes. Mais il affiche son petit sourire de temps en temps.

Je ne suis pas attiré par une quelconque dramatisation de cette histoire. Je me trouve seulement au centre de ce problème sans l’avoir voulu. Je n’ai pas sauvé la vie d’Hervé, ce sont ses amis londoniens qui ont tout fait. Au début, je ne voulais même pas aller à Londres. Pire, j’étais en colère contre lui, me disant qu’il aurait pu faire attention, consulter un médecin avant que son état ne s’aggrave. Maintenant, au moins, d’autres amis peuvent prendre le relais. Franchement, en ce moment, j’en ai marre du sida. Je n’y peux rien, bien sûr, c’est une énorme piqûre de rappel qui ne servira à rien parce que rien ne changera dans ce qui nous entoure, mais ce qui change, c’est à l’intérieur, l’émergence d’une tension nerveuse, d’une présence permanente du suspense, d’une inquiétude à la moindre sonnerie de téléphone. Pour la première fois depuis des mois, sinon des années, je viens d’ailleurs de passer une semaine dans l’impossibilité totale de lire ou d’écrire. Mon esprit est embrumé, mon cerveau plein, même des petits articles de rien du tout constituent une épreuve. La maladie d’Hervé, la peur de son transfert, la responsabilité qui m’est tombée dessus sans que je demande quoi que ce soit, m’ont mis dans un état de nervosité qui m’empêche de terminer mes articles pour Têtu. Dans ces pages, les numéros d’Europe Assistance sont trop visibles..

Quand nous sommes rentrés de New York, l’année dernière, il y avait à l’aéroport une femme en train de pleurer. L’ambiance était déjà tendue dans cet aérogare en construction, où des centaines de personnes se pressaient dans un désordre incroyable, créant des files d’attente sans jamais savoir s’il s’agissait de la bonne, si l’enregistrement allait être possible, si quelqu’un pouvait nous renseigner. Les Américains, plutôt polis dans ces conditions, en arrivaient à s’insulter si un voyageur avait le malheur de signifier l’envie de doubler la queue. Il régnait un vrai climat de tension, aggravé par la nuit tombée en plein hiver. Une demi-heure plus tard, arriva donc cette femme, dans la trentaine, incapable de retenir ses larmes. Thomas, énervé par l’attente, était comme tout le monde sur les dents et a fini par dire, excédé, qu’il en avait marre de la voir pleurer. Je n’ai rien répondu parce que je comprenais ce qu’il exprimait, mais je me disais qu’elle devait avoir une raison profonde. Cette femme ne pleurait pas comme si la désorganisation l’ébranlait, comme si elle avait peur de rater son avion, non, elle pleurait comme si une catastrophe s’était abattue sur elle, comme si elle devait prendre l’avion pour rejoindre cette catastrophe, comme si elle devait affronter la mort de la personne qu’elle aimait le plus. Cette situation m’a ému parce et m’a conduit à me poser des questions. Si elle avait été plus belle, la scène serait-elle devenue plus glamour ? Si elle était plus jeune, quelqu’un lui aurait-il proposé son aide ? Si elle avait trépigné, aurait-on pensé à une crise de nerfs ? Si cela s’était passé en plein jour, ses larmes auraient-elles acquis une autre dimension ? Cette femme normale, apparemment assez forte mentalement (ça se voyait à des détails de sa tenue et de son sac qui donnait d’elle une image presque baroudeuse, pas du tout touriste ou business woman), pleurait sans avoir la moindre honte. C’est sûrement ce qui gênait Thomas parce que je sais que pour lui, il est difficile d’assumer, surtout en public. Je fus touché parce qu’on sentait que la peine de cette voyageuse se trouvait au-delà des règles de politesse et de maintien. Dans une situation normale, nous aurions pu changer d’endroit afin de ne pas être spectateur, mais les circonstances en avaient décidé autrement. C’était comme si elle avait vu « Brokeback Mountain » dix fois à la suite en sachant que Jake était son frère.

3 février. La maladie d’Hervé m’affecte plus que jamais. Il a dû débloquer le chakra de la stabilité chez moi puisque depuis une semaine, je me pose des questions sur la première petite dépression que j’endure depuis mon arrivée à la campagne. À force d’écouter les malheurs de ceux qui m’entourent, je sens en fait une colère monter. J’en ai tellement marre de donner que je suis à deux doigts de dire à certains : « What have you done for me lately ? ». C’est mon caractère : je ne peux pas m’empêcher d’entendre les histoires torturées des autres parce que j’aime la franchise et que je confonds facilement l’abandon et les jérémiades. À force d’absorber les problèmes des autres, certains amis me mettent désormais en garde. Et maintenant que tout le monde sait que je ne vais pas bien, je ne les entends pas me proposer quoi que ce soit. C’est du La Fontaine : « ah, tu te croyais fort et indépendant, te voilà faible et en manque ». Je sais que cette déprime a aussi un rapport avec ce mois de février qui est toujours le plus sombre - c’est celui de mon anniversaire, comme par hasard – où il fait froid et où il est difficile de faire quelque chose dehors alors que je ne suis pas d’humeur à la promenade. Mais, en ce moment, j’en ai vraiment marre de m’exposer, de dire toujours ce que je pense, d’être transparent dans tout ce que je fais, d’aller dans mes articles ou discussions au-delà de l’impudeur. Je n’aime la fadeur que chez les autres, les hommes en particulier, je les apprécie comme la cuisine, pas particulièrement relevée, mais pour moi il faut toujours que j’en fasse un peu trop. Le monde gay dans lequel nous vivons est obsédé par les épices et les couleurs, mais il cache surtout une mollesse qui se gargarise en permanence des hauts faits accomplis par d’autres. C’est comme si je les défiais : « Vous voulez de l’épice ? Je vais vous en donner et vous me supplierez quand votre bouche sera en feu ». Reste que là, du baume et de l’écoute, c’est moi qui aimerais en avoir.

Avec la maturité, je suis de plus en plus dans la déclaration. Je me surprends fréquemment à dire : « Il y a vingt ans, c’était comme ci ou comme ça ». C’est dangereux parce que cela revient à admettre : « Quand j’avais ton âge », ce qui a le don d’irriter n’importe quelle personne de moins de trente ans. J’en suis conscient, mais je sais aussi que c’est mon rôle désormais, tous ceux qui ont mon âge ayant l’espoir fou de faire oublier cet angle de leur expérience. Ils préfèrent se taire, ou aborder ces sujets avec des personnes de leur génération. Ils parlent déjà entre vieux alors que mon rêve est de partager avec les jeunes. Or je suis effaré de constater que pas un seul de ces jeunes n’exprime l’envie d’en savoir un peu plus sur une époque déjà oubliée alors que pas si éloignée. À part Damien, il n’y a personne. Et Damien est un contre-exemple puisqu’il est exactement comme je l’étais à son âge. C’est déjà un freak et il le sait. Il vient de rentrer de dix jours en Algérie où il a tellement rencontré de gens qu’il a commencé, forcément, la lecture du Coran. Il a eu une révélation, pas religieuse en soi, mais a compris deux ou trois évidences sur l’Islam parce qu’il a été époustouflé par la gentillesse des gens. Avec sa démarche rapide, son sac à dos, il s’est mis à les aborder, leur parler, les suivre. Après quelques jours à Alger, il est parti à Blida chercher la maison de ses grands parents. Comme le taxi ne la trouvait pas, il a demandé à un homme de cinquante ans s’il savait où elle se trouvait. Eh bien sûr, il savait. Les grands parents avaient une entreprise qui produisait du miel, donc « la maison des abeilles » était par là. Mais il fallait qu’il sache que cette demeure abritait la police. La maison des abeilles était désormais celle des poulets.

Quand il est arrivé, les policiers l’ont regardé un moment, puis l’ont accueilli courtoisement. En Kabylie, il a passé quatre jours dans une famille avec toute la smala. À ce moment, il n’y avait ni eau, ni électricité, ni chauffage. Il est aussi allé à la fac, à un mariage, a rencontré des dizaines de personnes. Renté à Paris, il ressentait l’envie naturelle de serrer la main des Arabes de sa rue, ou de n’importe quelle rue d’ailleurs. Il était passé d’une aisance assez naturelle avec les Arabes à une communauté affective. Je lui ai dit qu’il avait eu son épiphanie et que c’était peut-être, aussi, simplement l’effet d’un bon voyage. J’ai poursuivi en lui conseillant de retourner en Algérie pour que les gens avec qui il s’était si bien entendu apprennent ce qu’il est vraiment, un homosexuel séropositif.

Il m’est arrivé de discuter avec Hervé au backstage des soirées Otra Otra, vers cinq heures du matin, quand il y avait moins de monde. Parfois, je me demandais si Hervé percevait, comme moi, que nous donnions l’image de deux vieux séropos marqués par l’histoire. Hervé parlant avec un mec plus jeune se mélangeait à la masse et moi pareil. Mais tous les deux, assis sur des chaises en train de papoter, il était évident qu’on avait passé de nombreux moments intenses ensemble, dont certains durs. Il m’énervait intérieurement de penser ainsi, me disant qu’il aurait été préférable de ne pas offrir cette image. Et puis, très vite, je me suis ressaisi en décrétant : « Et alors ? Je ne vais pas abréger cette conversation, je fais ce que je veux ici ! ». Plusieurs fois, j’en ai blagué avec Hervé, dans le genre « On ne nous la fait pas ». Je l’apprécie, lui-même m’a raconté énormément d’anecdotes depuis plusieurs années, même des petites histoires de rien du tout comme qu’il fut le premier à me vanter un nouvel acteur en passe de devenir célèbre, Tobey Maguire. Six mois plus tard, nous étions fans de tous ses films alors que, pourtant, il n’est pas notre genre physique. Un type comme Alessandro Nivola est amplement plus dévastateur pour moi. Mais la voix de Tobey…

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