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Sur Michel Amet

vendredi 27 août 2010 ,par Didier Lestrade

2006

Texte écrit pour l’expo @ Galerie Madé, octobre 2006.

La profondeur. Il n’existe pas de mot qui puisse mieux définir la photographie de Michel Amet. Depuis plus de vingt ans, ses portraits plongent dans le mystère de la pensée humaine, sans dévoiler quoi que ce soit, sans utiliser un propos intellectuel qui puisse expliquer une démarche après tout limpide. Dans un monde parfait et donc impossible, les photos d’identité sur les passeports du monde entier obéiraient à ses règles presque immuables : fond clair, pull noir, détail du visage, regard impassible, cadre rigoureux, éclairage presque standardisé. Il y a dans ces portraits un rigorisme qui agresse certains parce qu’ils le trouvent trop « simple ». Ils aimeraient voir Amet changer de style, faire des variantes, révolutionner son approche. Bref, ils aimeraient voir Michel Amet abdiquer et se mettre au goût du jour. Ils comparent ce travail par rapport à l’énorme production photographique actuelle, qui se moque de cet immobilisme pictural, qui doit absolument « raconter une histoire », comme on dit. Ils aimeraient voir Michel Amet développer la valeur marchande de son travail, qui est finalement le seul critère qui permet de trier la surabondance d’images qui nous entoure en strates selon la finance ou le prestige. Le mouvement, c’est essentiellement ce que la photographie moderne aime capturer.

Depuis toutes ces années, Michel Amet aime la figure statique de ses modèles. Mieux, il l’accentue toujours un peu plus, en insistant sur des minuscules détails qui montrent à quel point ils sont calmes, reposés, dans une hypnose face à un objectif qui n’aime pas l’agression. Car au centre de cette entente entre le photographe et le modèle, cette douceur qui mène à l’unique photo qui résume une personne, il y a le mystère à l’intérieur de ces pupilles. L’esprit humain est concentré dans ce trou profond et noir, quand le reste du visage est totalement détendu. Presque tous les muscles de ce visage sont au repos. Quand on parvient à capturer le parfait équilibre entre ce que le modèle veut dévoiler et ce qu’on lui prend, sans enjeu financier ou publicitaire, alors la confiance devient l’élément qui dépasse la beauté du modèle. Nous sommes face à des femmes, des hommes, des enfants qui sont tous beaux et qui atteignent l’exact point de jonction entre la beauté active et la beauté passive. Noirs, asiatiques, blancs, ils sont le Monde. Mais ce qui nous marque, c’est la possibilité de pénétrer dans ce domaine intime qui est le leur, dans des modalités qui sont choisies par eux seuls. Ce sont les modèles qui décident de cette ouverture et non le photographe qui les encourage. La confiance qu’ils offrent à travers Michel Amet rejoint le reste du monde.

Et c’est ce mystère du portrait, un des sujets inépuisables de la création artistique, qui fait que les images de Michel Amet ne connaissent pas l’usure du temps. De tous les photographes de sa génération, il est seul qui soit totalement, complètement, indubitablement logique à son idée première. Le commerce n’a pas eu d’impact sur cette photographie. Le principe de base est resté pur. Par obligation, par timidité, par impuissance, le fait est : cette photographie n’a pas été altérée par les vingt dernières années qui ont imposé, plus que jamais, le marché de l’image. Et c’est finalement ce qui rend ce travail unique, comme un secret, préservé de la connaissance du grand public. Mais comme de nombreux secrets vertueux qui ont été préservés, ces portraits finiront pas être reconnus par un plus grand nombre qui s’étonnera alors de l’intégrité de leurs courbes et du message dans le regard. Rien ne presse. Michel Amet a toute l’éternité.

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