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Le Journal du Sida

Juin 2010

samedi 23 octobre 2010 ,par Didier Lestrade

Le marteau

J’ai piqué une colère aujourd’hui. Un cas dans ma famille de chlamydia chez une fille de 18 ans, qui a mis presque deux mois à être diagnostiquée, malgré mes doutes depuis le début. C’est toujours énervant de voir qu’on passe des années à radoter sur l’explosion de telles infections chez les ados et les jeunes de tous les pays européens et que tout ça n’influence en rien des hésitations qui peuvent être gravissimes puisque dans le cas des chlamydia, les filles peuvent perdre leur fertilité. Cela me met hors de moi quand on s’apitoie sur des problèmes qui auraient pu êtres évités dès le départ, peut-être, avec un meilleur suivi gynéco. Cela m’énerve quand je répète que l’on peut m’appeler à n’importe quelle heure sur ce sujet (le reste non) et qu’on ne le fait pas. Et qu’on ne me dise pas que je suis désagréable quand je discute de ça avec quelqu’un qui m’appelle tard le soir car je ne le suis jamais. Je suis désagréable après, si je vois qu’on a traîné après un conseil tout simple, et ne me dites surtout pas que c’est compliqué de prendre un rendez-vous avec le gynéco Ce n’est pas plus compliqué qu’un RDV chez un proctologue qui lui, je vous assure, va intervenir dans une région du corps encore plus secrète et désagréable. On y va, on ne fait pas chier. Je m’en fiche s’il faut trois mois pour obtenir un rendez-vous : on le prend, on attend et on y va. Et on est à l’heure.

J’ai été témoin d’un cas similaire sur un site Internet pour séropos. L’administrateur de ce site se plaignait d’un zona apparu plusieurs jours auparavant et lançait un appel pour savoir ce qu’il fallait faire. Un zona ! Ça peut être mortel ! Conseil : on court chez son médecin au lieu d’attendre un feedback sur Internet !

Je n’ai pas besoin de vous expliquer toutes les ramifications d’un tel cas d’école. Si je le faisais… Dieu m’en préserve, comme ils disent. Mais je peux toujours exprimer mon point de vue qui est : notre responsabilité associative, c’est de montrer qu’il est impératif de protéger sa propre santé. Cette idée de faiblesse humaine et d’incohérence dans les comportements préventifs est assez répandue autour de nous, chez les gens avec qui l’on vit. C’est bon, on connaît. On a plutôt besoin de solutions pour encourager les gens à affronter leur santé, pas des excuses pour expliquer pourquoi on ne l’a pas fait. Chez les gays, par exemple, il semble vérifié que l’on voit aune augmentations des cancers rectaux et il est temps d’alerter sur ces chiffres car ils ont un impact réel en termes de prévention. Notre but est d’informer dès l’apparition des premières alertes épidémiologiques, sans attendre que ces chiffres deviennent assez importants pour communiquer dessus. Et si c’est une mauvaise nouvelle, c’est à nous de le dire, en donnant les infos sur ce qui est possible de faire pour anticiper et voir si certaines pratiques augmentent les risques, bref, faire en sorte qu’un maximum de personnes n’aient pas à souffrir d’une telle maladie. Il faut être volontariste dans la prévention, et c’est pour cette raison que le sujet est toujours nouveau, toujours nécessaire, même quand une majorité de personnes pensent que le sida est un truc du passé. Si nous-mêmes, nous ne parvenons pas à transmettre et informer les gens en abordant les thèmes les plus novateurs, il ne faut pas s’étonner que le sida soit devenu un phénomène qui fait partie du ron-ron quotidien.

Parce que l’on en revient toujours à une personne dans son entourage qui n’a pas lu ce que l’oncle a écrit, parce qu’un ami séropo se chope une hépatite C fulminante, parce que ami marié prend des risques hors du couple sans le dire à son partenaire. Ça me met en colère car, bien sûr, c’est une illustration humaine des limites de ce que l’on dit, et c’est triste car on devient intransigeant, on veut que les gens soient forts. Il faut se forcer à faire un effort, autrement ce n’est pas un effort. Toute cette idée d’empowerment, c’est un concept que l’on a développé pour aider les gens. Et s’ils n’utilisent pas cet outil, c’est comme si on était face à quelqu’un qui veut enfoncer un clou avec… une tongue. On lui montre gentiment un marteau et comment s’en servir. Mais s’il revient trois mois après avec un clou plus gros et la même tongue, on se met en colère. Et on a raison, il faut lever la voix.

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