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Octobre 2012

dimanche 11 novembre 2012 ,par Didier Lestrade

Considérez-moi comme l’éternel naïf de la bande ou alors le Simplet des 7 nains de Blanche-Neige, mais j’ai l’idée que lorsqu’une mauvaise nouvelle arrive, ça sert au moins de sujet discussion. Depuis des années, on nous annonçait le "superbug" de la blennorragie résistante à tous les antibiotiques disponibles. Aujourd’hui, c’est officiel.

Un premier cas est apparu en 2009 à Kyoto, un second cas en France en 2010, un troisième en Suède la même année et le New Yorker a publié dans son édition du 1er octobre un article de 5 pages (pas moins) sur ce qui va sûrement rendre encore plus complexe l’évolution d’une prévention sexuelle déjà brouillardeuse. Après tout, les gonorrhées sont en deuxième position au hit parade des IST les plus communes aux USA, après les chlamydiées. Et ce qui est très embêtant, c’est que 50% des hommes et des femmes atteints ne présentent aucun symptôme, tout en transmettant le germe infectieux.

Pourtant, les chaude-pisses avaient presque disparu. En 1997, le CDC d’Atlanta ne déclarait que le quart du nombre total de... 1975. En 2009, le nombre de cas aux USA était à son niveau le plus bas, depuis toujours. Mais l’émergence de cette souche résistante était annoncée, surtout que l’industrie pharmaceutique a abandonné ce type de médicament : pas assez rentable. Aujourd’hui, on trouve cette souche surtout chez les travailleu(r)ses de sexe et les hommes qui ont des relations avec des hommes. Le principal foyer de la bactérie se trouve dans le larynx et chez les gays, les prises de risque en termes de fellation sont aujourd’hui si nombreuses que plus personne ne dit rien.

Quand je vois de tels articles, je me dis : on va en parler dans la presse communautaire française, il va y avoir des alertes pour expliquer les effets à long terme d’une IST que les gens, particulièrement les gays, considèrent négligeable. Mais rien ne sort. Pareil avec cet article en première page de l’International Herald Tribune du 6 octobre qui revient sur les questions pratiques et éthiques soulevées par la commercialisation américaine du test de dépistage au VIH. Pour 40$, il est possible d’avoir une idée (pas fiable à 100%, certes) de son statut sérologique ou de celui de son partenaire. Et là aussi, pas grand chose sur Internet - et ce n’est pas parce que le test n’a pas d’AMM en France. Parmi les gays les plus actifs sexuellement, tout s’achète déjà sur Internet : Viagra, GHB, produits dopants, même le Truvada au marché noir, etc. Ce test de dépistage, c’est un sujet de réflexion. Et à une époque très influencée par la PreP, quel meilleur sujet de discussion entre partenaires que ce qui touche au test de dépistage ?

Car le home-test, comme les tests rapides, c’est toute la question de dire la vérité à son partenaire. L’article de l’IHT finit par cette info : dans une étude menée en 2007, près de 20% de gays séropositifs admettaient avoir eu des relations non protégées avec un ou plusieurs partenaires sans avoir révélé leur statut sérologique. C’est un homme sur 5. Mais c’était il y a 5 ans. Et depuis, ça ne s’est pas amélioré, c’est le moins qu’on puisse dire ! Donc rappelez-moi que je suis un naïf idiot : je croyais que c’était une info qui méritait d’être discutée. Bref : comment passer en quelques années de Simplet à Grincheux.

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