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La nouvelle vague du porno gay

jeudi 11 octobre 2012 ,par Didier Lestrade

Je suis toujours étonné de constater que la majorité des personnes avec qui je discute ne sont pas très au courant de l’évolution du porno et ce que ça change dans la tête des gens. Régulièrement, une nouvelle génération d’acteurs chasse la précédente et on pourrait faire ainsi une généalogie de la sexualité gay, exactement comme dans le cinéma, il est possible de montrer en exemple un acteur qui monte comme Jeremy Renner et qui parvient à remplacer Matt Damon dans une franchise aussi signée que The Bourne Trilogy. Il y a sept ans, des acteurs comme Jake Deckard, Hueissein ou François Sagat sont arrivés et les gays ont découvert des hommes qui réinventaient la notion de masculinité. En 2012, le renouvellement ne se fait plus à travers les grands studios, mais dans le cinéma semi-pro, à mi-chemin entre l’industrie lourde et l’amateur complet.

Objectivement, ces acteurs plus jeunes sont en train de poser des cas de conscience pour certains gays qui n’aiment que les mecs mûrs (et il y en a beaucoup, je suis épaté par le nombre de personnes, sur Grindr ou autour de moi, qui refusent catégoriquement de coucher avec un mec de moins de 30 ans - eeeek). Les noms s’additionnent et on peut désormais faire une catégorie de ces mecs qui sortent de nulle part et qui deviennent instantanément des fixations sur Tumblr.

Tous ces acteurs ont un truc en commun : ils sont jeunes mais ils sont poilus, sympas, souriants. Une grande partie d’entre eux est arrivé dans le porno par la porte du gay for pay, cette simili couverture pour des hétéros qui sont payés pour jouer dans des films pornos gays. Les 3/4 du temps, on les voit hésiter devant leur première pipe alors qu’on les a déjà vus dans d’autres films où ils ne font pas les fines mouches (comme on dit). C’est parfois comique de voir un acteur sortir tout un laïus sur sa "première fois" quand on sait qu’il a déjà essayé toutes les positions possibles, et en prenant son pied en plus. Mais bon, ça doit faire partie d’un délire fantasmagorique sur la conversion homosexuelle. Le fait est, ces acteurs jouent la carte du faux hétéro parce qu’ils sont sûrement bisexuels, tout simplement. Ou alors ils jouent cette carte du faux hétéro le plus longtemps possible, comme si c’était une phase commerciale. C’est pour faire genre.

La liste ? Elle est déjà longue. J’ai déjà parlé ici et ailleurs de mon délire particulier pour Joe Parker, un mec actif (uniquement) qui ressemble tellement à un hétéro que mon gaydar n’a aucune emprise sur lui. J’ai eu l’occasion de baver sur les mecs de ChaosMen comme Darius, Solomon et Vander en particulier. Enfin quoi, ces mecs sont jeunes mais ont un look qui est totalement impossible à trouver en France, ce sont de vrais produits américains : des muscles, des poils dessinés via palette graphique, des barbes de mecs jeunes mais déjà très très masculins et on se demande comment ces merveilles vont vieillir dans 5 ou 10 ans, ça fait peur.

Mais il y a aussi tous les nouveaux de Broke Straight Boys, ce studio dont les 4ème de couverture du feu magazine menmagazine.com annonçaient fièrement : "Every boy has his price". Ce studio a découvert un vrai rouquin, Spencer Todd, qui est la version moderne d’un acteur dont je suis fan, Blu Kennedy. Mine de rien, les rouquins, c’est une niche super rare ! Récemment, chez BaitBuddies.com Josh Long, un petit kid poilu, barbu, bien foutu, a commencé à faire délirer les gens. On l’avait déjà vu chez Southern Strokes.com : pas une grosse bite, tant pis, le mec est trop beau tel qu’il est quoi. Toujours chez Broke Straight Boys, il y a ce mec unique dans le porno gay, Blake Bennet, une sorte de nerd rouquin poilu avec des jambes recouvertes d’un épais duvet, qui est aussi bon en passif qu’actif (même si c’est plutôt un top au départ). Ce mec, franchement, c’est une trouvaille qui sort des looks habituels. Chez CircleJerkBoys, je suis tombé sur le cul la première fois que j’ai vu Brad Cambell et j’ose pas imaginer ce que ce mec donnerait avec le bon styliste cuisine. Pareil pour James Jamesson qui fait beaucoup de films mais qui mériterait d’avoir un big shot chez un grand label. Ils attendent quoi pour le rendre GLOBAL ?

Dans la tranche des modèles plus lourds, on se demande vraiment ce qu’attend Raging Stallion pour signer Girth Brooks, un mec qui a une bite épaisse avec un gland en forme de champignon, un corps recouvert de poils et une gueule de beauf amerloque fan de baseball. Il faut le voir dans BaitBus où il se met en colère quand il "découvre" la supercherie, avec au moins 10 fois WHAT THE FUCK criés à la suite. Dans le duo explosif avec Berke Banks chez Man Avenue, tous les deux prétendent être hétéros alors que ce dernier a commencé sa carrière chez Hothouse qui n’est pas vraiment un studio down low. Beaucoup plus mainstream, Derek Parker est déjà sous contrat chez Raging mais il est partout, chez Manhandled par exemple (Fuck Buddies Part.2). Y’a pas à dire, c’est un acteur qui est efficace à chaque fois, très reliable, avec un corps fin, musclé, bronzé, tatoué, barbu, poilu, tous les adjectifs qui font monter le crédit en pépettes. On peut dire sur lui que c’est l’équivalant de Jessie Colter mais qui est trop folle pour ne pas avoir envie de crier sur touts les toits du monde que son catwalk dans l’intro de "Explosive" est vraiment too much : dès qu’on voit ça, c’est comme si tout le reste du film était foutu. Il faut lui dire d’arrêter de miauler et de faire des moues de visages comme s’il rencontrait le Dalaï-Lama pour la première fois. Tout nouveau aussi, le clone Fabio Stallone qui fait parfois des films bareback chez mais qui joue aussi dans les derniers Raging, comme quoi la règle des grands studios qui prétendent n’engager que des mecs safe est loin d’être respectée. Enfin, l’énorme potentiel de Geoffrey Paine n’est pas encore utilisé, je crois que son agent (s’il en a un) s’est endormi devant le débat Obama / Romney (comme tout le monde je suppose).

Bien sûr, les grands studios ne sont pas complètement débiles et ils sont toujours capables de signer la dernière coqueluche (comme on dit) : la plus grande star de 2012 est sûrement Paddy O’Brian, un Anglais qui vient de signer le 12 juin dernier chez Falcon, connu pour un corps de dingue : ses poils sur le ventre, c’est du velours, il a une bite qui semble toujours sur le point d’exploser, pleine à 150%, comme celle de Joe Parker. Et cette gueule ! Lorsqu’il se met à parler en exagérant ses origines chav, il faut baisser le son car il dit pas mal de conneries insignifiantes mais il n’empêche que sa scène avec Jimmy Fanz (un autre acteur fétiche de 2012) vient de repositionner Falcon au sommet de l’actualité. C’est rare qu’un duo devienne un moment d’anthologie dès sa sortie.

Si les studios traditionnels sont capables de signer Paddy O’Brian, ils semblent néanmoins bloqués dans une transition difficile. Cazzo vient de faire jouer une autre star anglaise de Now, Janusz Gol, un mec qui est vraiment de la braise. De son côté, Raging vient de signer le très bon Race Cooper mais qui est loin d’être un acteur émergent. Les dernières signatures sont en fait de grandes déceptions qui nous sont vendues comme si c’était un vavavoom princier alors que les mecs ne sont pas beaux, ni très novateurs. Pareil pour HotHouse qui, de meilleur studio gay il y a encore 3 ans, ne parvient pas se sortir d’un look aseptisé rempli de folles déjà trop vues pour provoquer le moindre sens de découverte. Et comment expliquer cette réapparition de Dean Flynn, pourtant un super bon acteur de la classe A de 2008, qui avait disparu de Titan et qui ressort, exactement pareil, chez Hothouse ?

Il faut peut-être trouver cette impression de stagnation dans le sentiment de supériorité des grands studios de San Francisco qui rechignent à signer les découvertes des petits studios. Ils doivent se dire que c’est la honte d’aller chercher des acteurs au Texas. Et c’est sûr qu’ils doivent avoir des difficultés pour voler à Corbin Fisher des mecs aussi hallucinants qu’Aiden qui sont capables de jouir facilement, et avec le sourire, QUATRE fois à la suite. Ce qui est étonnant, c’est que le porno gay évolue à grande vitesse et la consommation de films par VOD et piratage exacerbe une rotation de plus en plus accélérée de nouveaux visages et de nouvelles bites. Comment expliquer alors qu’il n’y a pas une meilleure remontée par capillarité de ces acteurs nouveaux qui viennent juste de quitter la rue pour arriver dans le cinéma ?

C’est un mystère. Soit les grands studios veulent absolument préserver leurs signes de prestige : une qualité d’image HD, des lumières, un professionnalisme dans l’activité sexuelle mais aussi des scripts absolument formulaïques. D.O. ou Jesse Santana chez Raging, ce sont des mecs qui baisent vraiment comme des machines (je dis ça dans le bon sens, ils sont au sommet de leurs carrières, ils font presque peut tellement ils sont bons). Raging a réussi son meilleur film depuis longtemps, par exemple, avec "Built Tough", en signant en exclusivité Zeb Atlas le 4 août dernier qui, avant, faisait surtout des films de worshippers pour bodybuilders et qui est réapparu plus rough, pas rasé, une montagne de muscles, bref un mec qui ne pourrait pas passer par la porte de votre maison tellement il est énorme.

Mais autrement, on se demande quel serait l’effet d’un Joe Parker ou d’un Darius dans une superproduction où ils pourraient briller encore plus fort tout en restant eux-mêmes, avec une meilleure qualité d’image, des scènes plus longues et des orgasmes mieux rentabilisés, avec plusieurs angles de vue. N’oublions pas que Joe Cage, dans sa série de films pour Titan, a fait exactement ça, en faisant venir des acteurs plus authentiques et tellement plus sexy comme Colton Steele.

Maintenant que la guerre entre le porno safe et le porno bareback se fait de plus en plus dure, avec des productions ChaosMen qui sont sans capote mais qui ne sont pas du tout dans le délire de Treasure Island Media ou Raw Strokes en termes de "seeding", les studios doivent trouver toutes les occasions pour sortir de l’ornière dans laquelle ils se sont embourbés. Renouveler l’âge et le genre de leurs acteurs est plus que jamais nécessaire afin de renouveler leur public, sinon ce dernier risque de se cantonner à des mecs de mon âge. On se demande déjà qui a encore les sous pour s’acheter un DVD à 50 euros (les mecs, il serait vraiment temps de baisser vos marges et nous faire croire que ça coûte si cher d’importer des films qui coûtent en fait rien du tout).

Les petits studios sont l’équivalent porno des start-ups de la e-économie et le flux de nouveaux acteurs n’est pas sur le point de se tarir. L’Amérique semble lancée dans une révolution de la bisexualité dans le porno gay et de plus en plus de mecs super bien foutus n’ont aucun problème à jouer dans les films gays. C’est ça qui soutient l’excitation du porno moderne où on est témoins d’un élargissement sans précédent des identités gay et hétéro. Pour les jeunes du porno gay, qu’ils soient blancs, noirs, jaunes ou de toutes les couleurs, une bite est une bite et basta.

Joe Parker Jimmy Fanz Derek Parker
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