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Les 20 ans de Bel Ami

dimanche 11 août 2013 ,par Didier Lestrade

Août 2013

Au détour d’un mail de promo, on apprend que Bel Ami fête son 20ème anniversaire, ce qui n’est pas rien, même pour un studio porno. Normalement, il devrait y avoir un portfolio dans la presse gay lifestyle que l’on nous propose en 2013, maintenant qu’on n’a plus rien quand on vent un titre identitaire créé en 1995 pour 1 euro symbolique, mais bon.

Bel Ami s’est spécialisé depuis le début dans un look de mecs issus principalement de Lituanie où, sociologiquement, l’emprise catholique semble avoir peu d’impact sur la sexualité des gens et surtout des jeunes. Le look de Bel Ami était à la confluence entre le sexe post ado à peine légal et des mecs légèrement plus âgés, presque tous imberbes de 1m89 avec des bites parfaites et absolument aucun complexe sexuel, ce qui est toujours un très bon créneau commercial. Les kids de Bel Ami baisaient bien, safe et le studio a eu du succès dès le départ, surtout avec une telle marque. Bel Ami, c’est une référence littéraire désuète qui évoque une belle époque ou une liberté sexuelle qui n’était pas vraiment là en 1993, en pleine épidémie du sida.

Pendant les premières années, je n’étais pas intéressé par ces modèles, aussi jolis qu’ils puissent l’être. Pour moi, c’était limite pédéraste et puis j’ai toujours eu une préférence pour les hommes plus masculins. Mais en plissant les yeux, on pouvait imaginer ce que ces modèles deviendraient dans quelques années et puis il y avait cette aisance sexuelle qui était si rare ailleurs. Bel Ami est là pour s’amuser, s’apprendre des trucs, les partouzes sont toujours bien faites avec des éclairages nets et des décors super drôles qui semblaient sortir d’une salle expo d’Ikea première génération.

George Duroy, le réalisateur qui a lancé Bel Ami et qui a progressivement donné sa place à ses propres acteurs, avait donc créé un style unique au monde. Autant le porno issu des pays de l’Est comme la Roumanie était eurotrash et sexy, au début Bel Ami était vraiment une construction sexuelle naïve dans laquelle les acteurs avaient le droit de se moquer gentiment quand l’un des deux poussait une éjaculation pas très phénoménale, en tout cas en dessous de ce qui était escompté. Il fallait que le sperme arrive sur le haut des pecs ou sur l’oreiller.

Dix ans plus tard, Bel Ami était déjà devenu une machine. Les acteurs étaient si connus qu’ils faisaient des tournées à travers les USA dans les librairies pour vendre les produits du studio (calendriers, vidéos, porte-clefs, photos souvenir, whatever) et ensuite il y a eu plusieurs turning points : le film tourné en Afrique du Sud (Out of Africa avec la plus grande partouze de tous les temps, 20 acteurs au moins) et la série des Personnal Trainers où un acteur expérimenté baisait avec un novice pour lui expliquer les trucs essentiels d’un bon film. Il y avait aussi la série des XLL, les auditions des nouveaux avec les plus grosses bites. C’est le moment où j’ai interviewé Duroy pour Têtu, lire ici.

Bel Ami fut un des premiers studios à innover dans le Pay Per View même si le studio était très tatillon sur le piratage vidéo. Come Titan à la même époque, les films commençaient par des avertissements pas très cool qui avertissaient que copier un film pouvait amener à la prison, ce qui nous fait bien rire aujourd’hui.

Le grand tournant de Bel Ami fut de surtoutl’abandon de la capote il y a trois ans. Il y a eu un début de polémique car ce studio était doublement emblématique. De part son succès mondial et son public de jeunes, surtout. Mais ce virement a relancé le succès du studio et de nombreux studios amateurs ont été confortés dans le bareback : Bah, si Bel Ami le fait, on peut bien le faire aussi. Et puis il y avait l’immense production pas safe de jeunes d’Europe de l’Est, où la capote avait complètement disparu. C’est ainsi qu’on change pour toujours le profil de la prévention chez les jeunes. Les gens se disent qu’au moins, chez eux, on ne verra pas les effets de la séropositivité aussi vite que chez les acteurs de Raging Stallion, mfgrrr.

Progressivement, l’esprit bon enfant de Bel Ami a viré à une certaine monotonie robotique qui a fait parler de ce studio comme une sorte de parenthèse de sexe blond, aryen, quasi 1936. Au début, Bel Ami, c’était des mecs incroyablement bien foutus qui s’arrêtaient de baiser pour faire une bataille d’oreillers ou des câlins avec des ours en peluche d’un mètre de haut ou partouzer dans une mansion de 25 pièces pour post teenagers (I Love You, You Pay My Rent). Et ça avait un côté fleuri nunuche unique dans le porno gay, dans le genre cui-cui-tout-va-bien avec des couleurs de Chupa Chups. C’est un monde à part et si on aime les jeunes, c’est l’endroit idéal. Rassurant, hygiénique, à part.

Mais le porno amateur et studios plus hard comme Staxus ont imposé un rythme néfaste pour Bel Ami qui n’a pas accès à des modèles avec ce côté compulsif qui est très représentatif de ce qui se downloade en masse et qui reflète le sexe des jeunes de l’an 2013. Ils y vont carrément d’une manière assez inquiétante, surtout qu’il s’agit de porno sans capote.

D’autres studios de mecs de 20 ans ont encore plus de succès comme Broke Straight Boys qui se permet des quatrième de pub dans la presse porno gay ("Every boy has its price" dit le slogan) où les dudes hétéros (ou pas) sont directement trouvés dans la rue, sur le campus, sur Craigslist ou sur les sites de cul. Talk about Campus, il y a bien sûr Sean Cody qui s’est fait une spécialité de ces jocks d’université US avec même une catégorie Select. Bref, Bel Ami fête ses 20 ans mais commence à marquer des signes d’épuisement. Le look des acteurs n’évolue pas, on reste bloqué dans la catégorie des mecs blonds imberbes et seuls certains acteurs comme Henri Gaudin arrivent à vous exciter à chaque fois, dans n’importe quel rôle, le mec a un visage tellement straight et sa bite est si humongus qu’il est mon héros de cette usine, à côté des autres acteurs maison beaucoup plus connus du monde entier.

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