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Les interludes du porno gay

samedi 31 août 2013 ,par Didier Lestrade

Août 2013

Je me doute qu’il ne doit pas avoir du monde qui regarde le porno sous l’angle de la rêverie. D’abord, dès que vous abordez le sujet dans notre pays finalement coincé (féministes de droite, anti mariage gay, gauchistes bobos, etc.), tout de suite on vous sort le joker de l’influence néfaste du porno chez les ados. Alors parler de rêverie dans le X, de ces moments étranges entre les séquences d’action ou alors dans les monologues de début de scène dans les films amateurs, quand le mec parle de lui-même (souvent pour mentir d’ailleurs) ou à la fin du film, après l’orgasme, quand on voit vraiment le mec tel qu’il est, c’est vraiment rare.

J’appelle ça les interludes du porno parce que ce sont des moments très uniques du genre quand l’action est à venir ou qu’elle est passée et que le réalisateur reste sur l’acteur car il le trouve si craquant qu’il ne peut se résoudre à terminer la scène. On peut regarder ça d’un œil distrait ou, au contraire, on va faire une capture d’écran qui fera une merveille sur Tumblr. On peut montrer la photo à des amis (bien qu’autour de moi, c’est étrange, il y a une majorité de gays qui se montre insensible au porno, ce qui m’étonne toujours) parce qu’on veut leur montrer ça pour leur prouver qu’il se passe des choses incroyablement nouvelles dans le porno. On devrait faire un Best Of de ces moments de rêverie pour les écrans télé des bars au lieu de ces méchantes vidéos trop frontales (je raconte toujours cette histoire de deux amis dans un club de Barcelone, 1000 mecs, quand soudain ils avaient réalisé que ce qui passait sur tous les écrans géants, c’était du hard bareback) ou pire, dans les installations d’art où on nous fait encore le coup de la vieille télé avec du brouillard dedans, genre, on faisait ça dans les années 80. Dans tous les cas, ces interludes sont des moments secondaires du porno, ceux qui passent souvent à la broyeuse de l’avance rapide de la télécommande parce qu’on a été dégoûtés par tous ces films ringards de Michael Lucas ou même de Titan où les hardeurs sont là pour réciter un texte à réciter pour un scénario pas si intéressant que ça et qui ne mérite en tout cas pas ce temps perdu. Seul Joe Cage fait ça bien.

Ce qui est beau dans ces interludes n’est pas nouveau. Je reviens toujours et encore à ce qui m’avait tellement marqué dans Muscle Beach de Colt, c’était la douceur du film, l’importance du décor de la plage au soleil, l’arrivée de Rick Wolfmier en Jeep, les moments où lui et Mike Betts vont se rincer le sable sur la peau dans les premières vagues de l’océan avant de passer aux choses sérieuses. Aujourd’hui, on montrerait rarement ça et au début des années 80, j’avais ressenti Muscle Beach comme un immense interlude de 20 minutes car le sexe était très pudique finalement. Je rêvais de projeter ce films dans les conditions d’Orange Mécanique, ça devait être un film de propagande gay total, le film qu’il fallait forcer de montrer à des millions hétéros pour leur faire comprendre "Ah c’est donc ça les clones gays !".

Les films des années 70 que l’on télécharge sur les fichiers Vintage de Gay Torrent montrent à quel point la présentateur des acteurs était presque aussi importante que leurs performances sexuelles. On les voyait en contexte dans les bars gays, dans la drague de la rue, en faisant du jogging, des jardiniers en train de tailler nonchalamment une haie d’un quartier de San Francisco avant d’enculer le proprio et tous ces mecs qui nettoyaient les piscines d’Hollywood avec de grands filets pour enlever le moindre petit moustique noyé. Ils étaient habillés normalement, ils portaient des fringues simples de gays working class. Récemment, Ray Dragon a sorti un film réalisé par Jake Deckard, Men in the Sand qui est une copie complète de ces films. Et ça se passe à Fire Island où on reconnait des acteurs modernes mais tout est filmé comme un film classique, la seule chose qui montre vraiment que c’est un film moderne c’est qu’à un moment un acteur consulte son iPhone dernière génération.

Dans les années 80, Falcon s’est embourgeoisé en même temps que l’épilation imposait un nouveau look. L’interlude s’est mis à ressembler à ce que l’on trouve aujourd’hui dans le cinéma porno hétéro : ok, on est dans un château ou une hacienda à la Kristen Bjorn au Brésil, il y a 25 pièces dans lesquelles ils faut absolument montrer les casseroles des cuisines. Comme dans le cinéma gay américain, les années 90 ont apporté une contestation queer à ce formatage hollywoodien. Le sida est aussi passé par là et même si les DVDs étaient toujours coûteux, le sexe est malgré tout parvenu à servir de soupape de sécurité face au VIH. Avec le porno, on rêvait à nouveau de ce que l’on pouvait faire si le sida n’était pas là. C’était encore très safe, d’ailleurs ce fut la seule période pendant laquelle le porno fut réellement safe. Mais les acteurs nous donnaient encore l’impression de nous représenter dans ce monde si inquiétant au niveau sexuel et eux, ils étaient libres. La rêverie décontractée est passée à un moment plus forcené du rêve. Il fallait absolument faire rêver les gays à travers le porno, il fallait que ça pète et que ça brille et c’est là où Chi Chi LaRue nous a sorti ses kilomètres de chaines en métal brillant et on sait ce que ça a donné en termes de mauvaise déco dans les clubs SM à travers le monde...

Aujourd’hui, le porno gay est tellement partout, il est si direct que les interludes prennent presque plus d’importance. Plus c’est hardcore et plus on recherche ces moments perdus qui résistent à la rigueur du montage final. Pendant des années, le cinéma porno gay se terminait quand les deux acteurs s’embrassaient à la fin du film. Des fois c’était sweet, la majorité du temps on sentait bien que c’était devenu une formule. Aujourd’hui, le cinéma amateur a pris la relève de ce qui est doux dans le porno, ce que l’on voit si bien dans les vidéos de Sneek Peek, quand le réal offre une nouvelle paire de caleçon au mec qui vient de se faire sucer ou qu’il regarde en plissant les yeux le porno dans la télé avant de se déshabiller. Sur les sites comme Gayhoopla, on voit Dmitry chater avec les gens qui le regardent se branler. Dans Military Classified, les marines papotent en regardant les films pornos hétéros. Dans My Straight Buddy, les mecs se montrent timides devant un poster de recherche de Ben Laden. Dans PappyThug, Python rigole après avoir joui. Chez SeanCody, la grande partie du film sur Hudson est juste du worshipping, le mec est si sweet.

Et des fois, on regarde ça parce qu’on est venu, que c’est agréable de s’attarder dessus, juste parce que c’est beau. Tout simplement.

Mike Betts Men in the sand Men in the sand Rick Wolfmier Hudson @ DeanCody My naked Marine Buddy Dmitry & Logan @ Gayhoopla Python !!! Ray Dragon
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