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Les roufflaquettes chez Rue89

jeudi 26 juillet 2012 ,par Didier Lestrade

Le texte en intégral, pour les fans.

Le retour des roufflaquettes

Je suis catégorique. La prochaine étape de la pilosité faciale chez l’homme, ce sont les rouflaquettes. Le seul problème, c’est ce nom, "rouflaquettes" : c’est un tue l’amour. En anglais, il y a "sideburns" qui est nettement plus joli, en français il y a "pattes" qui ne veut rien dire puisque ce mot désigne 400 choses différentes et donc il faudrait franciser le mot ou lui inventer un nouveau terme, comme "hispters". Le fait est que depuis le mois de mars, certains médias se réveillent, donc il est temps d’en parler.

Pourquoi les rouflaquettes ? Parce que l’homme moderne a passé les dix dernières années à laisser libre court à ce qui pousse sur son visage et il ne reste plus que ça. En 20 ans, on est passés du rasage intégral au "goatee" que tout le monde a porté à un moment ou un autre. Puis on a expérimenté avec le collier qui a eu tant de succès chez les beurs et les gays américains pour devenir, en ce moment, le signe de ralliement des dudes américains Gay-for-Pay. Puis, enfin, on est enfin arrivés à la barbe, ce que certains attendaient désespérément depuis que ça a disparu au début des années 80. En parallèle, toutes les formes de libération faciale se sont développées, la moustache "crowbar", les moustaches pointées en l’air style Napoléon III (de plus en plus visibles dans la rue) et surtout la moustache classique toute simple à la Errol Flynn, Clark Gable ou Mark Spitz. Et le visage n’a qu’un certain nombre de possibilités, à moins de devenir un Ewok. La seule marge de manœuvre, c’est désormais les pattes sur chaque côté du visage.

Comme toute tendance visuelle en gestation, les avis sont très opposés. Rappelez-vous avant la barbe (il y a 5 ans), tout le monde était contre. Les hommes étaient tellement habitués à s’embêter tous les matins à se raser que Gillette a inventé le rasoir jetable à 1 lame, puis 2, puis 3, puis 4. Nous sommes enfin parvenus à s’échapper de cette obligation commerciale et désormais, tout le monde porte la barbe car c’est le meilleur dissimulateur de la laideur. C’est comme ça, c’est la loi : un homme pas très joli qui a des complexes, s’il se laisse pousser la barbe, il devient automatiquement sexy. Pour lui, pour les autres, pour tout le monde.

Les oppositions aux rouflaquettes sont du même ordre. D’abord, certaines femmes disent (comme pour la barbe) qu’elles n’aiment pas ça. D’une manière générale, les femmes n’aiment pas quand ça pique. Ensuite, les rouflaquettes, comme je disais, ça fait vieux jeu. Dans l’inconscient populaire, ça fait délaissé, ça ressemble à un buisson et s’il y a 1 ou 2 poils dans les oreilles alors c’est le repoussoir fatal. Enfin, les gays eux-mêmes ont un rapport étrange avec les rouflaquettes car c’est le signe ultime de l’homme hétéro. Les pattes, c’est une affaire de vrai mec.

Pourquoi ? Parce que vous devez avoir assez de pilosité pour assurer une continuité régulière entre le bas des cheveux et le haut de la barbe. Il y a un petit point de jonction ici où c’est déplumé. Chez certains, c’est mignon, chez les autres, c’est pas fun. Et il n’y a rien à faire : si vous n’en avez pas assez, le dessin ne sera pas complet. Enfin, les rouflaquettes sont un reliquat des années 70. Free love, pimp, Led Zep, skinhead, n’importe comment, c’est un look pré-Minitel. C’était le moment de gloire du laisser-aller. Et quand une tendance se recycle ainsi à notre époque, ce petit détail historique paye encore sa mauvaise réputation. À l’époque, on les portait très buissonants, sans contrôle, c’était presque comme si on avait un mouton sur les oreilles. Mais voilà. Précisément. Pour devenir une tendance majeure, il faut qu’il y ait du dégoût au départ. Il faut renverser un préjugé négatif en geste superduppercool. Et ça ne se fait pas facilement. Mode d’emploi.

a) D’abord, il faut plonger dans le passé.

Il s’agit de convaincre les hommes d’aujourd’hui qu’une nouvelle opportunité de swagginess est à la portée de leurs oreilles. Il faut montrer les photos des acteurs des années 70 qui sont devenus célèbre grâce à leurs rouflaquettes. Elliott Gould dans “M*A*S*H” ? Robert Redford dans "Les trois jours du Condor" ? Burt Reynolds dans "Delivrance" ? Vous ne regardez plus de films classiques ou quoi ? Ces hommes ont captivé le regard de millions de personnes qui rêvaient de caresser leurs rouflaquettes du bout des doigts. C’était une manière naturelle d’appréhender le visage humain. C’est ainsi qu’on s’approchait d’un homme pour l’embrasser.

b) La rouflaquette, c’est ce qui encadre un visage masculin.

L’équivalent des boucles d’oreilles pour une femme. C’est une zone qui prolonge le regard, qui élargit cette bande au niveau des yeux. Les pattes sont au regard ce qu’est la moustache pour la bouche. C’est un endroit qui dit "Non seulement mon visage est joli mais ceci est un plus bonus produit, je suis unique". C’est ce que pensaient les Noirs engagés des Black panthers ou de la soul. Idem pour les skinheads dans les années 70 qui, eux aussi, ont remis ça au goût du jour (en anglais dans le texte). De la marque du métèque à la Georges Moustaki, ils en ont fait le signe de ralliement du look cool et pointu en même temps. Ils les ont taillées courtes, peu épaisses, toujours clippées avec attention, ils en ont fait un symbole de dangerosité chic et prolétaire. Il y avait une forme réglementaire, allant jusqu’à la moitié de l’oreille. Jason Statham (un lad typique) pousuit ce look : assez longue pour être au niveau du lobe de l’oreille. Mais le truc qui marche de plus en plus, chez les gays ou les hétéros, c’est la roufflaquette "porc chop".

c) Car selon la longueur de la patte, la symbolique n’est pas la même.

Depuis plusieurs années déjà, les Latinos et les Blacks la portent pointue aux USA, et les Beurs font souvent de même en France. Mais Pharrel Williams et T.I. n’en ont pas, pour faire plus chic, plus clean. Courte, elle est la marque du mec qui n’attire pas l’attention, ce que font des millions d’hommes (surtout blancs). Un centimètre plus bas, elle devient érotique. Un autre centimètre plus bas, elle devient un élément distinctif. Encore un centimètre plus bas, au niveau du lobe des oreilles, c’est un player. Et après, chaque centimètre ajouté marque un degré supplémentaire dans le prestige. Là, il n’y a que les bikers, les cowboys et les esprits libres qui s’y aventurent.

d) Arrive enfin l’idée de l’épaisseur.

La belle rouflaquette est celle d’un homme brun, qui a assez de réserve pileuse pour choisir une patte large, coupée nette au rasoir, comme un dessin au marqueur, comme si c’était le reste imaginaire d’une barbe que l’on ne montre pas. C’est un début de barbe qui a été rabotée, ce qui stimule l’imagination. Dans cette continuité entre les cheveux et la barbe, beaucoup de détails interviennent. C’est un des secrets de l’érotisme masculin, comme la jonction des poils du haut de la poitrine et le bas de la barbe comme Sam Worthington dans "Avatar". Ou une nuque particulièrement belle aussi car on y voit le dessin des cheveux dans le bas du coup, ça fait parfois des volutes. Parfois les blonds ont des pattes qui deviennent légèrement, ou franchement rouquines, ce qui est, woah, merveilleux !. Les hommes plus âgés peuvent avoir des tempes grises, ce qui est très très sexy aussi.

En tout cas, cette minuscule zone du visage existe parce que l’homme décide de la mettre en valeur - ou pas. Il y a donc réfléchi. Et s’il choisit une forme de pattes particulière, cela veut dire qu’il est déterminé, qu’il a de l’initiative car souvent l’entourage n’aime pas ça ou se montre sarcastique. La pression sociale est force en ce qui concerne toute pilosité faciale. Il y a des métiers, surtout en haut de l’échelle sociale, où on ne joue pas avec ces attributs. C’est trop original, trop m’as-tu-vu, trop hip. Mais un homme qui a une patte brune, épaisse et bien taillée, même longue, avec un costume Brioni, ça déchire.

Bien sûr, pour revenir à nos moutons, ce que les gens remarquent le plus dans les sideburns, c’est la marque du mec cool. Il l’a fait parce qu’il aime ça, mais il s’en fout de ce que vous pensez. Il est indépendant. Il sait que la grande majorité de la population ne comprendra pas, mais il a décidé que c’est le reste de la société, la minorité, qui l’intéresse. Il existe de fortes chances pour qu’il cherche son ou sa partenaire parmi cette minorité qui trouve ça sexy, à sa juste valeur. Et c’est là où les rouflaquettes sont, comme dans les années 70, un signe de rébellion. Oh, pas révolutionnaire, rien ne l’est plus à notre époque, ce ne sont que des sideburns, mais juste une contestation de l’ordre établi. L’homme qui porte des sideburns est un rebelle.

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